Shaman café

Shaman-Café1Sur l’heure du dîner
De ces moments comptés
De ces journées assises
En population active
Retourner s’échapper
Dans l’intimité
Des ambiances
De cartes blanches

Dans ce café de liberté
Sous les ancres de plafonds lustrés
Emprunter le delta des pensées
Vers ces contrées de bois sucrés

À la recherche des Siboney
De leurs grottes aux murs dessinées
D’archipels peints de rituels
Aux mystères intemporels

Et dans le regard du chaman
Au fond des mémoires invisibles
Brûlent les transes impénétrables
Secrets de sortilèges imprenables

Facebook Shaman – Café

© Isabelle Crépeau, 2014

Pas de deux

Derrière les cheminées du méridien urbain

La montagne royale a givré

Des frimas de dentelles, des plumes de verglas

Des écailles de brume, des orfèvreries de glace

 

Soleils_Neiges2

 

Dans ces jardins d’érables de la forêt montréale

Balayés des poudres des taïgas sudistes

Nous foulons les sentiers de sable et de sel

Vêtus des laines de loutre et de castor

Pour danser dans les halos violets de l’air inuit

Une valse des neiges, une mazurka céleste

Un pas de deux

Embrasés de soleils aux parcelles d’étoiles

 

© Isabelle Crépeau, 2013

 

 

Église St-Patrick, Montréal, détail, intérieur

Église St-Patrick, Montréal, détail, intérieur

Interrompre le courant-jet, se couper de l’urbain
Bifurquer d’une trajectoire pour contrevenir au quotidien
Traverser des rideaux en vers de pierre
Pénétrer l’espace-temps des siècles et des continents
Pour découvrir un hymne de beauté sculpté en bois de paix
Taillé d’infinis silences et de ciselures de recueillement

De clefs de voûtes en concerts d’ogives, des bulles
Aux notes de forgeron, de maçon, d’artiste et d’architecte
Flottent doucement

En attendant
Que le passant capte
Dans un moment blanc
Ce legs de sagesse où dort l’or de sa Nation

Un lundi de novembre échappant au brouhaha d’un congrès durant l’heure du lunch, je suis passée devant l’église St-Patrick sur le boulevard René-Lévesque à Montréal. Je n’y étais jamais entrée auparavant.

De style néo-gothique cette église fut construite en 1847. J’ai été émerveillée par sa beauté et par la sérénité de ses lieux feutrés. Il m’est alors apparu que nos ancêtres nous avaient légué quelque chose de précieux : des lieux où se couper, ne serait-ce quelques minutes, de la frénésie du monde pour revenir à l’essence de soi-même.

Car la paix et la sérénité n’appartiennent à aucune religion

© Isabelle Crépeau, 2013

Passeggiatta de septembre

Je pédale filant à vive allure à travers
Les parcs Beauséjour, Belmont, Raimbault, des Bateliers, de la Merci, Nicolas-Viel
Traversant à l’horizontale
Le feu des érables, des hêtres et des vinaigriers
Tandis que les bernaches s’envolent
Que le cygne chante la fin
De l’été à l’heure dorée
Une parenthèse de vie

Parc Raimbault

Parc Raimbault

Et pourtant,
Pendant ce temps,
De plénitude de passeggiata,

Parc Beauséjour

Parc Beauséjour

Un homme a filé à vive allure à travers
La musique et les films, l’histoire et les sciences humaines, l’économie et la technologie, les arts et la littérature
Traversant à la verticale,
Les étages de verre et de bouleau blanc
Pour s’envoler vers les bernaches
Chanter avec le cygne,
L’automne à l’heure de pointe
Et fermer la parenthèse de sa vie au milieu des légendes et des contes

© Isabelle Crépeau, 2013

Retour aux portes du savoir

Dans mon quartier j’ai compté 5 écoles dans un rayon de 2 km2.  C’est jour de rentrée. Enfant, je ne comprenais pas pourquoi on nous faisait toujours entrer par la porte de côté ou d’en arrière. Quelle déception!

Il s’agit d’un élément architectural significatif. Il existe des portes accueillantes, d’autres imposantes. La porte donne le ton et commande un sentiment . Contrairement à la cour de récréation qui crée des situations et met en scène des moments, la porte principale apparaît seule voire isolée .

 

École Jacques-Prévert, rue de Serres, Montréal

École Jacques-Prévert, rue de Serres, Montréal

École Pasteur, rue de la Miséricorde, Montréal

École Pasteur, rue de la Miséricorde, Montréal

École Sainte-Odile, rue Dépatie, Montréal

École Sainte-Odile, rue Dépatie, Montréal

École Morand-Nantel-Beau-Séjour, rue Baker, Montréal

Derrière ces portes,

On y entre tout petit,

Sans savoir 

Qu’on y restera des années

À apprendre 

Pour savoir

Devenir,

Être .

L’empreinte du coquillage au solstice

Brachiopode, parc Belmont, Montréal

Brachiopode, parc Belmont, Montréal

Snapshot 2013 – Au coin de ma rue il y a un parc, une rivière et des couchers de soleil.

Snapshot 300 millions d’années avant – Il n’y avait pas de coin ni de rue. Il y avait des couchers de soleil, la mer et des coquillages.

Pendant que les paysages se superposent, la nature écrit un livre d’artiste millénaire.

L’histoire commence avant les dinosaures, à l’ère du Paléozoïque. Il y a si longtemps et si loin, les brachiopodes abondaient. Lors de l’extinction de masse du Permien la nature en a scellé quelques uns.

C’est pour cette raison qu’au coin de ma rue, incrusté dans des roches sédimentaires, il y a une empreinte de coquillage.

Au solstice, elle devient bleutée.

Sites fossilifères de Montréal facilement accessibles

Le laboratoire des lilas

Cours arrière du Centre de bio-médecine

Pour le trouver, il faut passer sous le saule, traverser la clairière, longer la haie, piquer à travers la vigne et les ronces. C’est là que se trouve un centre de recherches biomédicales abandonné.

Entrée principale du Centre de bio-médecine

Dans ce laboratoire caché, des chercheurs tentaient de comprendre pour trouver. Études scientifiques, empiriques, cliniques. Hypothèses, expériences, observations, conclusions.

Et au mois de mai, ils s’asseyaient sous les lilas.

Un printemps, la porte rouge est restée fermée, la jaune aussi. Microscopes, béchers, éprouvettes, alambiques. Bactéries, virus, cellules et tissus. Crayons, bloc notes, téléphones, dactylos, calculatrices, fiches et microfilms.

Ils ont emportés.

Notes classées, rapports numérotés, informations tablettées. Ils ont laissés.

L’enclos aux cobayes est déverrouillé, la nature a envahi les cages, les rongeurs ont percés des trous, grignotés les papiers et semés des germes. L’humidité a enveloppé les cartons et déposé ses spores. Les champs stériles se sont fanés.

Mais pas les lilas.

Derrière le mur errodé, l’air de 1990 ne bouge plus. Un espace de création s’est tu.