Disparition des Pierres grises du Nord

Pour ChrisGray Rocks annonce

Série Zone de guerre en temps de paix

Quand on ne voit pas on oublie. J’avais oublié mes escapades d’adolescente des années 80. J’avais oublié le restaurant du sommet où l’on rencontrait des skieurs d’un autre âge, authentiques transportant en eux le ski, le vrai. J’avais oublié ces pentes que j’aimais tant dévaler en regardant le lac gelé. J’avais tout oublié les Pierres grises et de leur tradition unique et chaleureuse.

Jusqu’à ce que

Je passe devant 30 ans plus tard.

30 ans…moins 4.

Car depuis 4 ans, ce joyau du patrimoine laurentien retourne lentement à la nature.

Les Pierres grises agonisent brutalement, violemment, injustement. Chaque minute qui passe est occupé par un froid trouble, un vent hostile, une lumière noire. Site déchiré, hanté de bourrasques de dévastations, de tourmentes inachevées, de scènes d’égarement aux relents de diésel, d’eaux stagnantes, de verres brisés et de débris moisis. Antre de folie à la déchéance cruelle. Patrimoine tué face à la montagne tremblante de richesse indécente.

Piscine du "fitness centre", Auberge Gray Rocks, août 2013

Piscine du « fitness centre »

Des serres destinées à la culture de fleurs et de fines herbes

Serres destinées à la culture de fleurs et de fines herbes

Centre de tennis

Centre de tennis

Tenniswomen, été 2008?

Été 2008?

Escalier du lac

Vue sur le lac Ouimet

Vue sur le lac Ouimet

Photos prise sur le site de Gray Rocks, St-Jovite / Mont-Tremblant, Québec, août 2013

Le laboratoire des lilas

Cours arrière du Centre de bio-médecine

Pour le trouver, il faut passer sous le saule, traverser la clairière, longer la haie, piquer à travers la vigne et les ronces. C’est là que se trouve un centre de recherches biomédicales abandonné.

Entrée principale du Centre de bio-médecine

Dans ce laboratoire caché, des chercheurs tentaient de comprendre pour trouver. Études scientifiques, empiriques, cliniques. Hypothèses, expériences, observations, conclusions.

Et au mois de mai, ils s’asseyaient sous les lilas.

Un printemps, la porte rouge est restée fermée, la jaune aussi. Microscopes, béchers, éprouvettes, alambiques. Bactéries, virus, cellules et tissus. Crayons, bloc notes, téléphones, dactylos, calculatrices, fiches et microfilms.

Ils ont emportés.

Notes classées, rapports numérotés, informations tablettées. Ils ont laissés.

L’enclos aux cobayes est déverrouillé, la nature a envahi les cages, les rongeurs ont percés des trous, grignotés les papiers et semés des germes. L’humidité a enveloppé les cartons et déposé ses spores. Les champs stériles se sont fanés.

Mais pas les lilas.

Derrière le mur errodé, l’air de 1990 ne bouge plus. Un espace de création s’est tu.